Sous les pavés, la rage.
Il y a Oswald, enfermé dans la chambre 64 d'un hôtel quelconque, qui sniffe de l'essence pour convoquer des spectres qui sont autant des fantasmes que des souvenirs lointains de son enfance. Il y a aussi le pharmacien de garde qu'Oswald, en quête de Subutex sans ordonnance, harcèle jour et nuit, et qui, rongé par la violence quotidienne, finit par dériver vers une forme de pensée extrême. Et puis il y a une femme qui circule sur la place entre cet hôtel et cette pharmacie, portant sur ses épaules tout le poids du désarroi face aux turpitudes du monde contemporain. Trois êtres, donc, trois présences secrètes dans les murs de la ville, trois figures cassées en voie de destruction, trois déserteurs en puissance de la société d'aujourd'hui...
Cette pièce écrite et interprétée par Samuel Gallet est beaucoup plus que du théâtre, c'est un poème – un poème rock. Car le texte est transformé en un long chant rageur par deux musiciens dont la guitare, le vibraphone et la batterie créent un univers électrique sinueux, quelque chose comme une longue dérive sonore faite de ruptures, de reprises, d'accélérations et d'arrêts. À la croisée du théâtre et du concert, Oswald de nuit évolue entre l'adresse théâtrale et la déclamation rock, l'incarnation fictionnelle et le récital, invente au passage une forme qui ne ressemble à rien de connu.
Comment sortir du système économique et politique qui nous laisse tous sur le carreau ? Et comment sortir du théâtre tel que nous le connaissons depuis bien trop longtemps ? Il fallait bien qu'un jour soient proposées les voies possibles d'un dépassement de cette double contrainte. Il fallait bien qu'un jour soient inventées d'autres alternatives pour vivre le réel et d'autresgrammaires pour le dire. Avec Oswald de nuit, ce jour est arrivé...