Un breton dans le Jura.
Ronan Tablantec est un drôle d’énergumène qui sillonne la France pour livrer à peu près tout ce qui lui passe par la tête avec un humour social, spontané, engagé et clairvoyant (enfin, quand il est inspiré). Sans texte, sans répétition et sans personnage, il se plante devant vous pour vous parler de vous en vous parlant de lui. Et vice-versa...
Comme ça fait bien trois cent cinquante fois qu’il se produit dans des conditions toujours différentes aux quatre coins de l’hexagone, Tablantec se traîne, en bon soliste des rues, une énorme valise devenue malgré lui un véritable petit musée d’ethnologie, dans laquelle il a entassé sans ménagement, outre quelques outils circassiens, tout un fatras d’objets volés, ramassés, collectés au cours de sa longue tournée. Vingt-cinq kilos de souvenirs, trois mètres carrés de rencontres balancés à même le sol dans lesquels il pioche pour égrener les histoires et les anecdotes liées à chacun de ces objets...
Cette façon de faire quelque chose avec trois fois rien (ou plutôt avec mille fois rien), c’est, pour ce Breton irrécupérable, une façon de se moquer du rituel du théâtre en intégrant au spectacle sa propre critique. Distanciation brechtienne ? Comme vous y allez ! Disons que cette autodérision est surtout l’occasion de dégonfler l’illusion théâtrale comme une vieille baudruche pour proposer enfin un rapport d’honnêteté avec les spectateurs. D’honnêteté, vraiment ? Oui. Car vous verrez : ce Ronan Tablantec n’est pas un si mauvais garçon...
« Entre deux promesses de jonglerie prétextes ou presque, Tablantec digresse à très grande vitesse. Logorrhéique et caustique, tendre et grimaçant [...]. Autant dire qu’il nous tend comme à Pierre, Paul ou Ronan, un miroir lapidaire et pas si déformant, et que ça soulage drôlement. »
TÉLÉRAMA