Ce n'est pas moi qui clame, c'est la terre qui tonne.
Athènes, 6 décembre 2008. Un jeune de quinze ans, Alexandros-Andreas Grigoropoulos, dit Alexis, est tué par balles par un agent de police. Dans un contexte social déjà tendu, cette mort déclenche une vague d'émeutes sans précédent. La ville s'embrase et Alexis devient l'icône d'une jeunesse révoltée par la corruption et l'impuissance des politiques.
Voilà le point de départ de ce spectacle dont l'originalité tient dans le mélange explosif entre le théâtre documentaire et la dimension mythique. Théâtre documentaire, car un an après le drame, les metteurs en scène se sont rendus dans la capitale grecque pour mener une enquête, retrouver des témoins, relever des traces des émeutes. Et dimension mythique, car c'est au regard d'Antigone, figure par excellence de la révolte adolescente face à l'arbitraire du pouvoir, que sont judicieusement placés tous ces événements.
Alexis. Une tragédie grecque parvient ainsi à recréer l'atmosphère d'urgence, de tension de ces journées si particulières, mais ne s'en tient pas là. Car le jeu intense des acteurs dialogue en permanence avec des images projetées qui ne montrent pas seulement des émeutes ou des témoins, mais une campagne grecque immémoriale : celle d'Antigone... de l'Antigone de Brecht, pour être précis, puisque c'est la version du dramaturge allemand qui a été choisie ici. Brûlante modernité de ce spectacle, créé par la compagnie Motus effarée par la déliquescence de son propre pays, à l'heure où ce sont les jeunes des pays arabes qui se soulèvent. Et qui pose cette question : qui seront les Antigone de demain ?
« Ce théâtre compose une partition aussi poétique que politique. »
LE MONDE