Enzo Cormann

Le théâtre est un nombre complexe, qui a pour nom « singulier pluriel ».
Vous travaillez seul à une table durant des heures, des semaines, des années, puis du jour au lendemain vous voici envahi : comédiens, metteurs en scène, scénographes, costumiers, concepteurs de lumière, compositeurs de son, régisseurs, administrateurs, directeurs de théâtre… débarquent chez vous, fouillent vos tiroirs, exhument vos fichiers, échafaudent des plans, proposent des dates, réclament des déclarations d’intention, des commentaires, des explications… Confronté au texte, si patiemment extirpé du néant et peaufiné, l’acteur arrache les mots à la page, à l’écran, pour les bouffer tout crus et s’en faire l’inventeur. Le metteur en scène sait mieux que quiconque — y compris que vous-même, l’auteur ! — ce qu’il convient de retenir d’un texte, ou de passer sous silence ; il est au centre d’un dispositif au sein duquel se croisent incessamment quantité de collaborateurs artistiques, techniques, administratifs, culturels... Seuls la brochure du tapuscrit, ou le livre édité, peuvent encore témoigner de la solitude qui fut la vôtre durant le temps (béni ?) de la rêverie, de la documentation, de l’écriture… Dans la cohue de la mise en théâtre, des préparatifs et des répétitions, l’écrivain disparaît, s’évapore. Peu de gens dans les couloirs et sur la scène du théâtre savent à quoi il ressemble – savent-ils seulement s’il est ou non encore vivant ?
 

Le singulier s’est fait pluriel. Mais ce pluriel-là n’a rien de général, d’indistinct : c’est un pluriel hanté par une subjectivité-fantôme. Il y a un « je » tapi dans la pénombre de la salle, qui prête des mots à la parole plurielle. En se faisant dramaturge, ce « je », ce singulier, a opté pour un « devenir imperceptible » : plutôt que de psalmodier comme un mantra le « moi-je » solipsiste, il a choisi le « je nous » utopien — « je nous imagine », plutôt que « moi je pense »…
 

Ce métier, cette disposition existentielle, sont les miens. J’ai publié mon premier livre de théâtre à l’âge de 29 ans. J’en ai aujourd’hui 65, et ce processus de dissolution dans le collectif artistique et l’assemblée théâtrale me mettent en joie. Mieux et plus encore : ce devenir imperceptible est devenu mon mode de vie.
 

C’est donc à vivre, en tout premier lieu, que m’invitent au long de cette saison 2017/2018, Les Scènes du Jura, à Lons-le-Saunier et à Dole - ce dont je ne saurais trop les remercier. Qu’ai-je à offrir en partage ? De petites expériences sensibles, empathiques et pensives, des questionnements, des paroles, des paraboles… susceptibles de faire théâtre.

Hors jeux, pièce publiée en 2013, que j’interprète seul dans la mise en scène de Philippe Delaigue, et le dispositif sonore conçu par Philippe Gordiani.
Puis, dans le cadre du temps fort Identités nomades :
Comme un chorus de bleu, jazz poem que je performerai en compagnie d’un trio de jazz conduit par mon vieux complice, le saxophoniste Jean-Marc Padovani.
Je m’appelle, choeur mémorial des naufragés de la croissance, partiellement écrit par un groupe de Jurassiens en situation précaire, à partir du texte homonyme que j’ai publié en 2008.
L’histoire mondiale de mon âme, que mettra en espace Philippe Delaigue.

 

Quatre rendez-vous singuliers et pluriels que je nous propose par l’entremise des Scènes du Jura, comme autant de pas de côté, d’itinéraires bis, de lignes de fuites...

 

Enzo Cormann

 

 

Auteur d’une trentaine de pièces de théâtres et de textes destinés à la scène musicale, traduits et joués dans de nombreux pays.
Performeur, il se produit régulièrement depuis 1989 sur les scènes jazzistiques et théâtrales.
En compagnie du saxophoniste Jean-Marc Padovani, il conduit depuis 1990 l’équipée jazzpoétique de « La grande ritournelle ».
Romancier, il a publié plusieurs romans aux Éditions Gallimard.
Maître de conférences, il enseigne à l’ENSATT , à Lyon (au sein de laquelle il dirige depuis 2003 le département des Écrivains Dramaturges), ainsi qu’à l’UNIVERSITÉ CA RLOS III de Madrid.
Depuis 2014, il assure également la direction artistique du STUDIO EUROPÉEN DES ÉCRITURES POUR LE THÉÂTRE.

 

BIBLIOGRAPHIE
Depuis 1982, date de parution de son premier opus, Enzo Cormann a publié une cinquantaine d’ouvrages, principalement aux Éditions de Minuit, aux Éditions
Gallimard, et aux Solitaires Intempestifs. Derniers ouvrages parus :
Ce que seul le théâtre peut dire, essai, Les Solitaires Intempestifs, 2012
Bluff, théâtre, Les Solitaires Intempestifs, 2012
Le Blues de Jean Lhomme, conte musical, La Joie de lire, Genève, 2013
Hors-jeu, théâtre, Les Solitaires Intempestifs, 2013
Pas à vendre, roman, Éditions Gallimard, 2014
Personne ne bouge, théâtre, Les Solitaires Intempestifs, 2017
Pour en savoir plus : http://cormann.net

 
 

Spectacles

Hors Jeu
THÉÂTRE enzo cormann / P. delaigue

Qui est cet homme recroquevillé sur lui-même dans la pénombre du plateau nu ? Un ingénieur qualifié qui, après avoir passé trente ans dans la même boîte, se retrouve au chômage. Au bout d’un moment, il se met à parler, à raconter à qui veut bien l’entendre les derniers jours de sa vie. Les derniers jours de sa vie ? Oui. Parce que (c’est aussi ça, la magie du théâtre) cet homme est mort...

DOLE, LA FABRIQUE
22/01, 23/01      + D'INFOS

Le Théâtre c'est (dans ta) classe
THÉÂTRE Enzo Cormann / N. Garraud C. Tinivella Aeschimann / J. George

Le Théâtre c’est (dans ta) classe est une opération qui, comme son nom l’indique, vise à faire entrer le théâtre dans les établissements scolaires. Le principe est très simple : on pousse les tables et les chaises, on forme un petit gradin improvisé et là, une comédienne (ou un comédien) apparaît, sans décor, sans lumière artificielle et sans son rajouté, dans un rapport direct avec les élèves, pour faire entendre des textes contemporains qui évoquent les problématiques, les paysages et les obsessions de l’adolescence...

EN ITINÉRANCE
26/02, 09/03      + D'INFOS

Et si ...
THÉÂTRE À DOMICILE ENZO CORMANN / P. delaigue

Le principe du théâtre à domicile est assez simple : vous acceptez que votre salon soit transformé, le temps d’un soir, en une petite scène de théâtre (nulle rampe de projecteurs ne sera accrochée à votre plafond, soyez sans crainte) ; vous invitez vos parents, vos amis, vos voisins, à venir assister à cette représentation gratuite (si vous voulez les faire payer, c’est votre affaire) ; puis, une fois le spectacle terminé, vous sortez de vos placards deux ou trois choses à grignoter pour que s’engage, entre public et artistes, une discussion animée dans une ambiance bon enfant.

À DOMICILE, À DOMICILE
14/05, 18/05      + D'INFOS

L'histoire mondiale de mon âme
LECTURES THÉÂTRALISÉES / CRÉATION ENZO CORMANN / P. DELAIGUE

En 2016, Enzo Cormann a entrepris la composition d’un grand ensemble dramatique sobrement intitulé L’histoire mondiale de mon âme et composé de 99 pièces de 30 minutes chacune. C’est à la restitution de cette oeuvre monumentale que vous êtes conviés, tout en sachant que 99 multiplié par 30, ça fait 2 970, soit 49 heures et demie de représentation - l’équivalent, donc, de deux journées et de deux nuits consécutives...

LONS-LE-SAUNIER, LE THÉATRE
22/05      + D'INFOS

Comme un chorus de bleu
POÈME JAZZ / CRÉATION e. cormann / la gde ritournelle

Depuis 1990, Enzo Cormann et Jean-Marc Padovani, saxophoniste de son état, sillonnent les routes de France et de Navarre pour interpréter ensemble, accompagnés de nombreux instrumentistes de la scène jazz française et européenne, des oeuvres tissées de paroles et de musique que l’on appelle généralement des jazz poems (ne tapez pas Jazz Poem sur Google pour en savoir plus : Jazz Poem étant le nom d’un cheval de course, vous n’y trouverez que des informations sur les performances de ce galopeur hongre de six ans)...

DOLE, LA FABRIQUE
25/05      + D'INFOS

Je m'appelle
THÉÂTRE enzo cormann

Performance d’écriture et théâtrale, qui prendra pour point de départ le texte homonyme qu’Enzo Cormann a publié en 2008 aux éditions de Minuit : au tournant du siècle, un homme décline son identité sous la forme d’un mémorial des victimes de la guerre économique. Ces victimes s’appellent Émilien Casselage, Anatole Blanc, Antoine Jude, sont issues de la campagne ou de la ville et ont toutes en commun une vie de laissés pour compte, de petites retraites et d’illusions perdues…

LONS-LE-SAUNIER, LE THÉATRE
26/05      + D'INFOS

À l'affiche

LE BAL DE L'AFRIQUE ENCHANTÉE

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